Nous avons commencé à travailler sur le dossier de la centrale photovoltaïque de Séranon au moment où les abatteuses arrivaient pour détruire 16 ha de forêt.
Et pourtant, nous avons réussi à protéger plus de la moitié, soit 10 ha de cet espace naturel.
En effet, grâce à la collaboration avec Pierrot Pantel, ingénieur écologue et aux naturalistes qui ont participé, nous avons mis en avant l’existence, sur l’emprise même des travaux, d’une fleur rare et très protégée, la potentille blanche.
En trois jours, nous avons trouvé une étude du Centre Botanique National datée de 2021 recensant formellement la présence cette fleur particulière. Elle était par ailleurs recensée publiquement depuis 130 ans. En deux ans, le bureau d’étude missionné par l’industriel ne l’avait pas trouvé ! Elle était totalement ignorée dans son étude d’impact. Mais l’a-t-il vraiment cherché ?
Dans la foulée, nous avons produit deux rapports démontrant la présence de sept autres espèces protégées, plantes, oiseaux, petits mammifères. C’est l’habitat de tout un ensemble de 19 espèces forestières communes protégées qui était en passe d’être détruites grâce à une dérogation spécifique.
Nous avons rapidement notifié aux intéressés la présence de ces espèces protégées pour lesquelles ils n’avaient aucune autorisation de destruction. Nous avons même fait intervenir un huissier pour informer l’entreprise chargée des travaux de l’infraction qu’elle était en train de commettre et des sanctions qu’elle encourait.
Parallèlement, nous avons organisé une manifestation sur le terrain et fait venir la presse. Les travaux ont été arrêtés le jour de la manifestation. C’était un jeudi. Sur le moment, nous avons cru à une victoire possible. À nos yeux, les travaux ne pouvaient pas reprendre sans qu’une étude complémentaire ne soit exigée par l’administration.
Et pourtant, le lundi suivant, les machines recommençaient à abattre les arbres.
Un émail provenant de la DREAL autorisait l’industriel à reprendre les travaux à l’exclusion de la zone d’habitat de la Potentille blanche, soit 10 ha de forêt désormais sauvée. (voir photo ci-contre ). Malheureusement, les autres espèces protégées étaient ignorées. Surprenant, de la part d’un organisme d’État dont une des missions est pourtant de les sauvegarder.
La déception fut terrible pour nous.
Alors, à l’automne 2024, nous avons missionné un avocat pour qu’il établisse une demande au préfet afin que celui-ci exige de l’industriel qu’il obtienne une autorisation pour la destruction de ces espèces avant toute poursuite des travaux. Cette demande est restée sans réponse.
Le 10 mars 2025, nous avons organisé une nouvelle manifestation sur le site en présence de la presse. Nous dénoncions des infractions très calmement mais nous avons été sévèrement encadrés par la gendarmerie qui a d’abord voulu nous interdire l’accès au site avant d’accepter, sous réserve du contrôle de nos identités et la fouille de nos sacs.
Nous avons également missionné un avocat pour former un recours en annulation du permis de construire devant le tribunal administratif avec deux autres associations de l’environnement. Nous attendons une date d’audience.
Selon nous et notre conseiller juridique, plusieurs infractions pénales ont été commises. Nous avons donc déposé une plainte devant le parquet de Grasse, avec onze autres associations. Nous attendons maintenant la réponse du procureur.
À Séranon, nous avons pu protéger in-extrémis plus de la moitié de la forêt qui devait être rasée. (voir vidéo ci-contre) Cette victoire nous a pourtant paru bien amère en regard de ce qui a été détruit.
A suivre…
